
Ozren Kebo
“Bienvenue en enfer – Sarajevo mode d’emploi”
Traduit du bosniaque par Mireille Robin
Avant-propos de Jorge Semprun et Jean-Marie Laclavetine
Photographies de Gérard Rondeau
La Nuée Bleue/DNA, Strasbourg, 1997, 2009
Réédité à l’occasion des 15 ans du Centre André Malraux de Sarajevo.

Avant-propos
“Quinze ans”
par Jorge Semprun et Jean-Marie Laclavetine
Quinze ans. On regarde en arrière, on n’arrive pas à y croire. Ce livre résume une expérience humaine unique. Peut-être inutile, qui sait, mais précieuse justement pour ne s’être pas posé la question de l’utilité.
Il y a quinze ans naissait ce qui allait devenir le Centre André Malraux de Sarajevo. Dans la ville assiégée, un Français, Francis Bueb, était venu apporter une idée. Pas de celles qui volètent dans les pages des journaux ou des revues pour s’évanouir en quelques minutes dans nos consciences assoupies: une idée faite de chair, de révolte et de foi. L’Europe était là, dans le geste d’un homme seul qui venait apporter des rations de survie à une population abandonnée de tous, des rations d’art et de pensée. Aussitôt, des photographes, des écrivains, des comédiens, des cinéastes, des chanteurs ont compris que leur place était près de lui. Ils sont venus nombreux ; entre chacun d’eux et Sarajevo s’est noué un lien indestructible. Leurs noms forment entre 1994 et aujourd’hui une chaîne sans fin et à toute épreuve.
Car ensuite Francis Bueb a fait beaucoup mieux : il est resté. Avec Ziba Galijasevic et l’équipe qui l’ont immédiatement accompagné, il a fait du Centre André Malraux un foyer incontournable de la vie culturelle à Sarajevo et de la présence française en Bosnie-Herzégovine.
Quinze ans plus tard, le Centre est toujours là. Certains considéreront qu’il s’agit d’un miracle; il s’agit en réalité d’un acte politique.
Le livre d’Ozren Kebo témoigne de cette obstination, non seulement par son contenu, mais par son existence même. Écrit durant le siège, il a été publié une première fois en 1997 grâce au Centre André Malraux, à Rémy Ourdan, à Bernard Reumaux et à la traduction de Mireille Robin qui cerne au plus près l’humour, la délicatesse et la puissance de chaque phrase.
Pour célébrer le quinzième anniversaire, l’idée de republier ce livre s’est vite imposée. Rien ne pouvait représenter plus justement ce qu’a pu être et ce qu’est toujours le Centre André Malraux de Sarajevo. Bienvenue en enfer est mieux qu’un symbole, mieux qu’un témoignage, mieux qu’une œuvre littéraire inoubliable. C’est une voix vivante, et qui refuse de se taire.